On attribue l'invention de sa culture (début XIXe siècle) à un habitant de Saint-Saturnin d’Apt, un certain Joseph Talon... Et deux siècles plus tard, la truffe se veut toujours plus prestigieuse, plus mystérieuse et surtout plus prisée que jamais par le petit monde des agriculteurs comme celui des grands chefs et des fins gastronomes. Il est vrai que ce produit emblématique des terroirs des Alpes-de-Haute Provence, du Vaucluse et du Haut-Var, n'est pas évident à conquérir. C'est même une véritable chasse au trésor qu'il convient de mener pour la dégotter et bien sûr accompagné d'un chien, de préférence, un "Lagotto Romagnolo". Il est réputé pour avoir le meilleur flair pour repérer la "Tuber melanosporum" (nom scientifique de la truffe noire), dissimulée sous un sol calcaire et non loin d'un chêne.
Comme toutes cultures, la trufficulture dépend des aléas climatiques. Et la "rabasse" est un régal qui se mérite ! De toutes tailles, elles peuvent aussi avoir différentes qualités gustatives. Si la période de "cavage", à savoir la recherche des truffes, s'étale de fin novembre à mars, c'est en janvier-février, que la "mélano", arrivée à maturité, se distingue par son parfum envoûtant, ses saveurs subtiles et complexes. Les grands chefs, mais aussi les simples épicuriens, peuvent alors s'en donner à coeur joie et concocter des recettes qui sauront ravir tous les palais.
Démonstrations, défilés, folklores...
Au-delà de permettre de partager de précieux instants gourmands, en région Sud, la "rabasse" fait l'objet, en hiver, de rendez-vous et de festivités à foison. Aups, Carpentras, Montaignac-Montpezat ou Richerenches notamment sont les théâtres hebdomadaires de marchés 100% truffe. Si une grande fête annuelle rythme également chacun de ces villages, avec au programme des défilés des confréries, démonstrations de cavage, visites de truffières, dégustations diverses, déjeuners truffés chez les restaurateurs et autres animations, d'autres événements sont plus insolites. On pense notamment à Richerenches, qui ouvre la saison avec son "ban des truffes" - inspiré par le "ban des vendanges" et surtout organise chaque 3e dimanche de janvier la "messe des truffes". Instituée en 1952 par Henri Michel-Reyne, curé de la cité templière en hommage à Saint-Antoine (le patron chrétien des trufficulteurs) et dans le but de récolter des fonds afin de restaurer l'église, son originalité réside dans le fait, qu'au moment de la quête, ceux qui en ont, donnent des truffes à la place des pièces de monnaie. A l'issue de l'office, le fruit de cette quête est vendu aux enchères sur la place du village.
Des aides bienvenues
Toutefois, aussi prestigieuse soit-elle, la truffe n'est pas épargnée par les soucis qui secouent le monde agricole. La production régionale comme les tarifs (de 500 à 1000 € le kg) sont pour le moins fluctuants. Les causes ? Dérèglement climatique, sécheresse, concurrence asiatique ou encore conjonctures économiques. Aussi, pour soutenir cette filière, un premier plan truffe a été mis en place par la Région Sud entre 2020 et 2023, permettant d’augmenter les aides, le nombre d’adhérents aux syndicats de la région et le nombre d’hectares de truffières. Fort de ces premières actions, un second plan truffe a été lancé jusqu'en 2026.
